Benjamin Husson est un artiste qui travaille à chaque fois différemment avec l’environnement dans lequel il s’inscrit, sans pour autant se laisser aveugler par les facilités d’un « art contextuel ». En effet, le positionnement de sa démarche face à un environnement — en l’occurrence le lieu d’exposition spécifique — est pour lui un outil de conditionnement, mais non la finalité de l’œuvre. Ainsi, il cherche la réactivité en permanence : il crée une stratégie du contournement et de la dérive afin de ne pas être là où on l’attend. Par exemple, dans Moonshine — pneumatique sur sol blanc, là où l’intérêt en apparence évident aurait été pour le spectateur d’assister à une performance — voir un biker lancé à toute vitesse dans un espace restreint et faire des tours sur lui-même — Benjamin Husson ne dévoile que les traces des pneus laissées sur le sol blanc de l’espace d’exposition. Il s’agit pour lui de pointer du doigt ce qu’il nomme un « leurre contextuel », c’est-à-dire de déjouer les facilités illusoires d’un art qui ne trouverait sa source que dans l’unique circonstance, même s’il s’amuse à manipuler en partie les mêmes codes que lui.
Ainsi, lorsqu’il décide de travailler la matière du texte et de la lettre, il dénonce le rapport d’autorité favorisant une grande place au langage et à la lettre dans l’art contemporain : il souhaite se dégager d’une pratique qui appliquerait les recettes de l’art conceptuel sans en appréhender les fondements ; et veut redonner tout son pouvoir d’image au langage. Pour cela, il grave au tournevis des mots qui deviennent prétextes, qu’il finira par brûler afin qu’il n’en reste que leur empreinte carbonisée. C’est pour lui le même geste que les gangs de motards brûlant leurs tatouages, mais qui pourtant ne font que les redessiner d’une nouvelle manière, par la négative. Le geste d’effacement est lui aussi un geste laissant une trace. Toute tentative d’évitement est déjà prise dans un processus qu’il faudra à nouveau contourner. De même, dans l’installation Mirador de chasse à l’affût / escabeau / chaise d’arbitre-volley ball, l’artiste crée une sorte de « méta ready-made » incluant trois chaises similaires, mais proposant des sens très différents, afin de souligner une nouvelle fois que l’objet n’est qu’un point de départ que l’artiste se doit d’étirer au maximum vers de nouveaux possibles.
Son travail s’inscrit fortement dans l’histoire du formalisme qu’il utilise, et met en jeu certains codes de « l’esthétique relationnelle », mais, Benjamin Husson refuse de se laisser réduire à cela. Il adopte la position d’un Bartleby et répond : « Je préférerais ne pas », admettant une position prudente, parfois errante, mais non mitigée pour autant : la position d’un artiste qui crée en exploitant interstices et intervalles en permanence. Toujours est-il que ses références sont à chercher du côté d’une contre-culture très forte, inspirée autant par la vie des Hell’s Angels que par celui qu’il appelle le Easy Rider de l’art contemporain, Steven Parrino.

Léa Bismuth